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Posts Tagged ‘français’

la vie, elle est le souffle, n’est pas? les cycles lents qui vont dedans et dehors: en respirant, le jour devient la nuit, l’été devient l’hiver, nos vies deviennent les vies des autres, l’amour, la mort. on dit bonjour. on dit au revoir. on dit bonjour à nouveau.

la nature, elle est silencieuse, non? une branche cassée, une tent, une feuille, un canoe perdu, toujours les voix de l’oiseau, aussi perdues dans le vent. il faut l’écouter. toujours à nouveau. toujours à nouveau.

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dimanche.

Dimanche, au marché près de Montparnasse, les grand-mères appellent leur petit-fils du prénom de leur fils.  Je passe trois heures au marché en regardant les gens habillés chic car ils  reviennent de l’église.  Ils cherchent les couleurs vivantes de fruits et tous les petits garçons préfèrent les mangues.  Les grand-mères sont d’accords qu’il est difficile de forcer les enfants à manger des fruits.  Je vois un jeune homme de quinze ans qui porte la casquette de son père, en train de regarder les fromages avec sa petite sœur.  Au final, c’est elle qui choisira lequel on apportera à la maison.  Moi, je trempe un morceau du pain libanais dans une barquette d’houmous qui était fait à la maison par l’homme qui vend les olives.

Je marche jusqu’au Jardin du Luxembourg.  J’entre par la fontaine des chevaux avec les visages qui ont peur ; peur de quoi ?  Je ne sais pas.  Les étudiants s’asseyent dans un cercle.  Ils parlent des élections américaines et du vrai esprit du XXIème siècle.  L’étudiant qui porte le skinny-jean et les bottes en cuir italien lève sa bouteille de bière au XXIème siècle.  Cette scène me parle d’Union Square à New York.  Je suis nostalgique.  Mais ce n’est pas New York qui me donne le mal du pays, c’est l’idée de New York.  En réalité, dimanche à New York est comme tous les autres jours.  On bouge.  On travaille.  On ne reste pas.  On ne se repose pas.  On continue, faire mousser, rincer et répéter.  Mais ce n’est pas comme cela maintenant dans les jardins.  Il y a une intemporalité qui engloutit.   Les amants font une sieste sur des chaises qui s’inclinent.  Ils se tiennent par la main, les yeux fermés.  Les disputes d’hier soir sont oubliées, faire mousser, rincer et répéter.  Aux jardins, on pardonne.

Les touristes tournent leur appareil photo et elles font une photo d’elles-mêmes.  Elles regardent la photo.  Elles en font une deuxième.  Elles la regardent.  Ok.  Elles regardent toutes les autres photos sur l’appareil photo, sans rien voir.  Moi, je m’appuie contre la statute d’une femme nue.  Couvre-toi, je dis, scandale. 

Une femme qui porte un hijab me demande une petite pièce.  Je lui donne.  Donne-moi encore de l’argent, s’il te plaît, Guillaume, elle dit.  Tu ressembles à Guillaume.  Je quitte les jardins.  

Je monte à travers la rue.  Il y a un chien sur le trottoir qui tremble convulsivement, pelé, chenu avec quelques traces de violence passées.  Arrive un petit garçon.  Je crois qu’il a six ans, environ, peut-être.  Il se penche vers lui et lui parle.  Je ne crois pas que c’est son chien, ce n’est pas visiblement le sien, mais il se désole de le voir ainsi.  Il s’allonge sur lui et le frictionne, toujours en lui parlant.  Le chien se requinque un peu.  Il y a un autre gosse qui l’observe.  Il rit.  Le chien n’exprime rien, ni réticence, ni joie.  Finalement, le chien lève sa patte vers le petit garçon de six ans.  Ça va meiux. 

Je continue vers chez moi.  Une petite fille m’arrête sur le trottoir.  Elle me demande si je sais la date de l’Amérique.  Je crois que j’ai mal compris. 

-Comment ?

-La date où Christophe Colomb a découvert l’Amérique.

-Quatorze cent quatre-vingt-douze.

-Comme ça s’écrit ?

-Un, quatre, neuf, deux.

-Merci monsieur.

Elle rejoint en trois bonds une grande porte.  Elle tapote un clavier et pousse la porte et disparaît.  1492, c’était son code.  Je suis rarement aussi heureux de connaître par cœur une date d’histoire.

Voici est mon image de Paris.  À Dimanche, quand les rues sont calmes et il y a une tristesse qui t’attend au but de la rue, une cigarette qui luit avec une lueur de tristesse.  Mais il y a une musique dans ces rue humides.  La tristesse n’est pas la douleur.  C’est simplement  la réalisation que la beauté est souvent juste à côté de souffrances et que les grands châteaux, l’Hotel de Ville, peuvent être plus d’un prison qu’un tent au bord de la Seine.  Il y a des touristes, des sans abris, des enfants qui crient au parc, des hommes religieux, des femmes qui demandent du feu, des musicians du métro, moi, qui est entre tous, trempant un morceaux de pain dans une barquette d’houmous, et un chien qui va dormir plus profondement ce soir avec l’aide d’un jeune homme ange de six ans. 

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